la
compagnie
de la
mauvaise graine
Cent Vingt-Trois Eddy Pallaro
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I
 
Ils se nomment UN, DEUX et TROIS.
Ils ont perdu la mémoire.
Ils ne savent pas où ils sont.
Ils ne savent plus qui ils sont.
Ils ne se (re)connaissent pas.
Leur perte a eu lieu au même instant, au même endroit.
Quel est l’événement qui bouleversa leur vie ?
Tous trois cherchent une issue à leur situation, et tentent de se remémorer le moment unique qui les a transformés, l’événement CENT VINGT TROIS.
 
 
II
 
Qu’est-ce qui s’est passé ? Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ?
Qu’est-ce qu’un événement ? Quelle est sa nature ? Comment se définit-il ?
Est-ce que la vie n’est pas le plus grand des événements ?
Et le théâtre ?
Mais qu’est-ce que le théâtre ?
La vie ?
Sans chercher à répondre mais en posant des questions, UN, DEUX, TROIS, communauté légère et vitale, désaccordée et unie, nous propose cette interrogation sur nos existences.
Dans cette recherche, passé, présent, futur, se confondent. La narration n’est pas chronologique mais fragmentée, comme de multiples bulles de savon qui éclatent, révélant chacune leur intérieur, parts d’histoire collective ou de paroles intimes, proche du rêve.
Nous prenons place dans l’infiniment grand et l’infiniment petit, tous les possibles deviennent envisageables et donnent accès à un monde plus vaste ; un lieu de rassemblement et de questionnement sur soi, sur l’autre, son étrangeté, sa ressemblance, son attirance,
sur le mystère permanent d’être vivant.
 
 
III
 
Travailler avec un vocabulaire simple, mais pas simpliste.
Épurer la langue.
Être au plus proche de moi pour l’écriture, ne pas tendre vers une problématique spécifique à l’enfant.
Travailler sur le ludique, le plaisir. Jouer avec la forme et les mots.
Ne pas obligatoirement chercher l’identification.
Créer un objet insolite, étranger, et accompagner l’enfant dans la découverte de cet objet.
Donner la possibilité à l’enfant de confronter son savoir, ses modes de représentation, son expérience humaine en cours, à la singularité de cet objet.
Avoir une approche sensible.
Déplacer le regard de l’enfant, créer de l’éveil et de l’attention, du questionnement.
Proposer un matériau qui sollicite l’imagination.
Faire en sorte que la problématique de l’enfant soit celle d’un spectateur adulte et vice-versa.
 
 
IV
 
Nous avons faim
Nous sommes dans l'attente
Boire
Manger
Ne suffit pas
Nous crions famine
Nous avons faim
De réponses
Nous nourrissons des questions
Notre curiosité
Notre insatisfaction
Notre ardent désir
S'approprier le monde
Le façonner
À l’image de nos désirs
Butte
Sur notre condition
Toujours en mouvement
La Terre tourne
N'est-ce pas ?
Elle ne s'arrête jamais ?
Elle ne nous permet pas
De tout fixer
Une bonne fois
Les hommes tournent
N'est-ce pas ?
Plus qu'on ne croit
Le monde change
On croit qu'il demeure
Mais des corps naissent
Toujours
Ils apportent leurs révolutions
Les questions demeurent
Elles demeureront
Toujours
Toujours nous aurons faim
Car nous ne pouvons répondre
Toujours
 
Eddy Pallaro, le 6 juin 2005
 
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