Yannis Ritsos (1909-1990)
Ne pleure pas sur la Grèce,
Quand on croit qu'elle va fléchir,
Le couteau contre l'os et la corde au cou,
La voici de nouveau qui s'élance,
impétueuse et sauvage,
pour harponner la bête avec le trident du soleil.
Peu de poètes ont été autant traduits que lui à travers le monde. Peu de poètes ont comme lui connu pareille célébrité de leur vivant. Mais il n'eut de cesse de dénoncer ce malentendu de la gloire dont il sait que dépend l'avenir de son oeuvre.
"Sils me lisaient vraiment", disait Yannis Ritsos, "ce ne sont pas des fleurs, mais des pierres qu'ils me lanceraient".
Yannis Ritsos entendait faire de la poésie une "entreprise tenace et méthodique de désaliénation". Rien d'étonnant dès lors à ce que Ritsos n'ait jamais quitté son pays malgré la dictature et la guerre, ni qu'il se soit montré solidaire des partisans, hommes et femmes qui, dans les banlieues et les montagnes, ont gardé la Grèce libre sous les différentes occupations. Ce fils d'une grande famille ruinée par la tuberculose et la folie devait s'élever à leurs côtés contre l'injustice séculaire, convaincu qu'il ne peut y avoir de liberté individuelle dans une société prisonnière, ni de bonheur personnel au milieu du malheur des peuples.
Yannis Ritsos considère que lutter contre le chômage, l'ignorance ou la faim, revient à lutter au quotidien contre la mort, tout en affirmant la primauté de la Vie.
Sa poésie se confond aussi avec la réalité d'une génération entière, voire de plusieurs, qui se sont sacrifiées et ont connu la résistance, les guerres civiles, les dictatures, ce pain quotidien du siècle.