Le Krach
Ne voyez-vous pas King que sans cet apport d’argent, nous sombrons ?
King – extrait.
Si l’épopée de King nous trouble aujourd’hui profondément, c’est qu’elle résonne fortement avec l’actualité d’une crise économique qui a malheureusement connu des précédents. La crise de 1929 cause la ruine du personnage éponyme, génial inventeur et utopiste méconnu : King C. Gillette ; ce qui n’est évidemment pas sans rappeler l’actualité financière sidérante que nous vivons ces derniers temps. On ne peut s’empêcher de songer à un éternel recommencement, un cycle meurtrier...
Peu de pièces de théâtre osent mettre en scène le monde de la finance et des affaires.
Pour Michel Vinaver, les rouages du capitalisme constituent, bien au contraire, un matériau de prédilection. Une source intarissable de délectation et d’ironie.
Et pour cause : son double parcours d’auteur dramatique et de chef d’entreprise lui a permis de construire cette fameuse dramaturgie morcelée où l’intime et l’individu, le mythe et l’histoire collective s’entrelacent perpétuellement.
Plus qu’un retour sur des idéologies passées, par le truchement d’un questionnement quasi socratique, la pièce opère une véritable ouverture sur l’histoire à venir, au moment même où un système s’effondre et où disparaît l’illusion absurde d’un enrichissement illimité.
Depuis sa création, il y a 10 ans, au Théâtre National de la Colline dans une mise en scène d’Alain Françon, King n’a pas été représentée.
Pour ma part, c’est après avoir mis en scène La Demande d’emploi avec les comédiens japonais de la Compagnie d’Oriza Hirata, en mai 2006, que j’ai eu l’envie de poursuivre mon travail sur Michel Vinaver1. La pièce s’inscrit dans ma recherche d’un théâtre politique et poétique où la dramaturgie porte le spectateur dans son questionnement sans toutefois l’enfermer dans des réponses toutes faites. Et lorsque ces questionnements semblent coïncider de manière aussi singulière avec l’actualité, le vertige n’en est que plus grand...
Arnaud Meunier, 20 janvier 2009.