Il neige dans la nuit Nâzim Hikmet
Nâzim Hikmet (1902-1963)
Moi un homme
Moi Nâzim Hikmet poète turc moi
Ferveur des pieds à la tête
Des pieds à la tête combat
Rien qu'espoir, moi.
Le 18 mai 1925 à Moscou, un étudiant turc
de "l'Université communiste des peuples de
l'Orient" porte en triomphe avec ses camarades
leur professeur de marxisme-léninisme, celui qu'ils
nomment l'homme d'acier, leur mâtre et chef, Staline.
Le 13 décembre 1961 le même turc, qui se veut fidèle au communisme de ses vingt ans, crache un poème de mépris sur le bottes, la pipe, la moustache d'un homme qu'il juge "de plâtre et de papier mâché", Staline.
Entre le communisme de 1925 et le communisme de 1961, d'arrestation en contumace, de condamnation en amnistie, Nâzim Hikmet aura totalisé cinquante-six ans de prison.
"Etre aux côtés des misérables, des paysans d'Anatolie, c'était simple, disait Nâzim. Etre communiste, ce ne l'était pas tellement.
Né en 1902 à Salonique, petit-fils de Nâzim pacha, gouverneur d'Alep, le jeune intellectuel de bonne famille était, dès ses débuts, décidé à ne jamais plier, à ne jamais renoncer.
Et en effet, c'est bien un parcours d'engagement et de combats qui caractérise la poésie de Nâzim Hikmet. Pétrie de souffrances et d'oppressions, elle transcende pourtant toujours la douleur et l'apitoiement pour traquer l'humain et la vie dans ses moindres recoins. Elle célèbre une envie de justice et de fraternité comme rarement un poète l'a fait.
A propos d'un projet d'adaptation théâtrale, un vieux "camarade" s'écria : "Est-ce qu'un homme comme Nâzim Hikmet n'a pas mieux à faire que de s'occuper d'une oeuvre où il n'y a pas de message politique ?". Nâzim répondit : "Et la beauté ? Qu'en fait notre camarade ?". Il ajouta : "Il n'en fait rien, bien entendu."
Ce qui nous semble si beau en Nâzim, c'est l'équilibre entre la fidélité de "l'Arbre aux yeux bleus" et sa lutte pour les pauvres et les asservis, sa volonté d'écraser les "serpents qui rampent dans les bureaucraties socialistes".
Nâzim était un juste. Cela ne veut pas dire un "sage", si la sagesse c'est de rester trop tranquille. Nâzim était un juste, mais de l'espèce des justes combattants, ceux qu'il appelait les "maîtres des chants".